Sofie Merckx (PTB) : « Économisons des millions grâce au modèle kiwi plutôt que de réaliser des coupes sombres dans la santé »

La ministre de la Santé publique, Maggie De Block (Open VLD), affirme vouloir économiser 900 millions d’euros dans les soins de santé, « sans que le patient le sente ». « On annonce déjà cependant que certains médicaments vont devenir plus chers, dénoncent Sofie Merckx et Dirk Van Duppen, médecins et spécialistes santé du PTB. Par contre, la ministre ne semble pas vouloir toucher au business des médicaments. Pourtant, l’application du modèle kiwi à l’antibiotique le plus fréquemment prescrit permettrait déjà à l’Inami d’économiser 15,4 millions d’euros et aux patients 5,1 millions. »
Les mesures précises d’économies dans la santé que veut prendre la ministre De Block ne sont pas encore très claires, mais il semble bien que la ministre veuille augmenter le prix des antibiotiques. Afin d’en décourager l’utilisation, dit-elle, mais surtout de faire des économies. « Le gouvernement veut aller plus loin que simplement faire de la sensibilisation pour réduire la consommation d’antibiotiques », apprend-on. « C’est quand même très hypocrite, réagit Sofie Merckx, spécialiste santé du PTB. Les coûts et les responsabilités retombent, une fois de plus, sur les épaules des patients. »
La surconsommation d’antibiotiques est due au marketing et au laxisme de l’État
« Il existe en effet un problème de surconsommation d’antibiotiques en Belgique, indique Sofie Merckx. La consommation y est deux fois plus élevée, par exemple, qu’aux Pays-Bas. Cette surconsommation débouche sur des dépenses superflues, et pour le patient, et pour l’assurance maladie. Mais elle aboutit également à une augmentation de la résistance des infections bactériennes aux antibiotiques. Et c’est en train de devenir un problème très sérieux pour la santé publique. »
Les médicaments ne constituent pas un marché ordinaire. Pour la consommation de médicaments, c’est le médecin qui prescrit et donc qui décide. Il subit de fortes pressions de marketing de la part de l’industrie pharmaceutique qui, chaque année, dépense plus d’un milliard et demi pour imposer ses produits dans les attitudes de prescription des médecins. « Or, sur ce plan, la ministre se garde bien d’intervenir », regrette Dirk Van Duppen.
Une ministre sans voix
C’est dans ce cadre qu’intervient le scandale des prix abusifs de la pénicilline sous forme de sirop pour les enfants. La pénicilline est le meilleur produit en cas d’infection bactérienne de la gorge, d’après la commission sur les antibiotiques. « Alors que le Peni-Oral existe pour les adultes, pour les enfants, une préparation chez le pharmacien est nécessaire, explique Dirk Van Duppen. Le problème, c’est que le produit de base (la phénoxyméthylpénicilline) est très cher. Ce produit – déjà découvert en 1928 – devrait pourtant au contraire être ridiculement bon marché. Résultat : en pratique, les médecins prescrivent souvent un large éventail d’antibiotiques pour les enfants. Cela contribue à accroître la résistance des bactéries à ces médicaments. » « Qu’allez-vous faire pour résoudre ce problème ? », a demandé le député fédéral PTB Marco Van Hees à Maggie De Block lors de la Commission Santé publique du 6 octobre. Réponse de la ministre : « Je n’ai pas de réponse à la question de M. Van Hees. »
Les prix anormalement élevés des « médicaments bon marché »
Enfin, même les prix des médicaments dits « bon marché » sont anormalement élevés, en Belgique. Et la ministre n’intervient pas non plus. Prenons l’antibiotique le plus prescrit, l’amoxicilline acide clavulanique (marque d’origine : Augmentin). Voilà des années déjà que ce médicament est hors brevet et qu’il est classé comme « médicament bon marché ». Il figure au vingtième rang des médicaments ambulants les plus chers pour l’Inami. En 2014, pas moins de 1 481 424 de Belges ont pris ce médicament. « Cela a coûté 23,1 millions d’euros à l’Inami, et 7,7 millions d’euros sont encore venus de la poche des patients, dénonce Sofie Merckx. En Belgique, le prix d’un traitement standard est de 14,34 euros, dont l’Inami rembourse 10,92 euros, ce qui fait que le patient lui-même doit encore sortir 3,42 euros de son porte-monnaie. Aux Pays-Bas, où les assurances-soins appliquent le modèle kiwi (une forme d’adjudication publique), le coût de ce même traitement est de 3,62 euros. Soit un tiers du prix auquel nos pharmaciens belges achètent cet antibiotique. L’application du modèle kiwi à ce seul médicament permettrait déjà à l’Inami d’économiser 15,4 millions d’euros et aux patients 5,1 millions. »
« Rendre les antibiotiques plus chers pour le patient dans l’espoir qu’il en consommera moins est absurde et scandaleux en même temps, s’indigne Sofie Merckx. C’est le médecin qui décide si des antibiotiques sont nécessaires et lesquels. C’est l’État qui permet que la pénicilline, le premier choix pour traiter l’infection bactérienne de la gorge chez les enfants, soit hors de prix. Pour le patient, la santé n’a pas de prix. Quand il s’agit des antibiotiques, la ministre pourrait appliquer le modèle kiwi, ce qui en comprimerait considérablement le prix – même celui des médicaments dits « bon marché ». »
PTB

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