Il y avait même une Directrice générale de «TF1 Publicité Belgique»

Il y avait même une Directrice générale de «TF1 Publicité Belgique»
Voilà près de vingt ans qu’on s’attend à ce que TF1 vampirise une partie du marché publicitaire de la partie francophone de notre pays. Difficile d’imaginer aujourd’hui que ce serait une nouveauté!
En 1990, j’étais le coordinateur du mouvement d’éducation permanente de Diffusion Alternative (D.A.), asbl d’information et de défense des consommateurs de culture/médias.
Le 29 mars de cette année-là, à la demande de l’Association des Licenciés en Communication de l’Université de Liège, je fus chargé d’interviewer les pontes de l’audiovisuel belge pour un débat public intitulé «L’avenir de l’audiovisuel belge dans la perspective du grand marché européen».
Devant un nombreux public, la rencontre commença par la présentation d’un questionnaire où les intervenants devaient choisir une seule parmi plusieurs réponses type.
Il est intéressant de découvrir quelles types de questions se posaient à l’époque et comment les différents diffuseurs s’engagèrent dans leurs réponses.
Les questionné(e)s étaient:
• Christiane Dardenne, Directeur général de TF1 Publicité Belgique,
• Robert Stephane, administrateur général de la RTBF,
• Jean-Charles De Keyser, Directeur général de RTL TVi,
• Jean-Claude Paris, Directeur général de Canal+ VCF.
Voici trois des huit questions ainsi posées et leurs réponses:
– 1 / RESPECT DU PUBLIC: En décembre 1988, l’Assemblée nationale Française opte pour une coupure publicitaire dans la diffusion des films et téléfilms sur les chaînes de TV. Un sondage réalisé les 22 et 23 novembre 1998 affirmait quant à lui que 70% des Français étaient gênés par pareilles pratiques. Comment vous situez-vous par rapport à cette situation conflictuelle?
• A/ Les enjeux financiers sont trop grands, le public s’habituera progressivement aux coupures: RTL, TF1.
• B/ Il faut à tout prix éviter pareil engrenage qui donnera libre cours, par la suite, à nombre d’autres «évolutions de type économique»: RTBF, CANAL+.
• C/ Je m’abstiens.
– 2 / POUVOIR DE LA PUB: Considérez-vous que la séparation d’une séquence telle que la météo de l’ensemble du JT constitue un exemple flagrant d’une modification du programme entraînée par les intérêts publicitaires?
• A/ Oui: RTBF, CANAL+.
• B/ Non: RTL, TF1.
• C/ Je m’abstiens.
– 3 / MOYENS DE PRESSION: Parmi les moyens suivants, lequel conseilleriez-vous au téléspectateur souhaitant jouer un rôle actif dans l’évolution du paysage audiovisuel…
• A/ Vous écrire une lettre: CANAL+.
• B/ Ecrire au «courrier des lecteurs» d’un journal et vous en communiquer copie.
• C/ Signer une pétition.
• D/ Réaliser une enquête: RTBF.
• E/ Intervenir par téléphone dans une émission qui se déroulerait en direct sur votre antenne.
• F/ Participer à une action (manifestation, fête, happening): RTL, TF1.
P.S.: À l’époque, n’existaient pas encore ni notre Conseil supérieur de l’audiovisuel, ni le service de médiation de la RTBF!
Piquant… Il ne faut accorder aucune crédibilité à la réponse A par CANAL+ à cette question 3!
En effet, près de cinq ans ans plus tard, le 28/11/1995, Act-Up et l’A.T.A. (Association des Téléspectateurs Actifs) envahissent les locaux de Canal+ Belgique, chaussée de Louvain à Bruxelles près de la place Meiser, pour que la chaîne diffuse un message de prévention avant chaque diffusion de ses films classés X.
Pendant près d’un an, les courriers étaient restés sans réponse.
Un quart d’heure après le début de l’action, trois représentants de la direction négocient avec les «occupants» et, dès le lendemain soir, les avis de prévention passeront à l’antenne.
Davantage de détails: www.consoloisirs.be/ata/pdf/ata19.pdf
Bernard HENNEBERG

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