Une avancée majeure dans la compréhension des leucémies



RECHERCHE

Une avancée majeure dans la compréhension des leucémies : les virus livrent leurs secrets !
L’équipe de recherche dirigée par Anne Van den Broeke (Institut Jules Bordet –
Université Libre de Bruxelles et GIGA – Université de Liège) vient de mettre en évidence un nouveau mécanisme par lequel certains virus induisent des leucémies. Cette découverte, publiée le 23 mai dernier dans la revue « Nature Communications » remet en question le fonctionnement de ces virus et ouvre la voie au développement de thérapies ciblées pour un type de leucémie particulièrement agressif.
Les infections virales sont responsables de ~12 % des cancers. HTLV-1 (Human T-cell leukemia virus), le premier rétrovirus oncogène découvert chez l’homme, infecte plus de 20 millions de personnes dans le monde. Il est l’agent étiologique de la leucémie à cellules T de l’adulte, un cancer dont le pronostic est malheureusement souvent défavorable. Le virus de la leucémie bovine (BLV) proche du virus HTLV-1 provoque une pathologie très similaire chez le bovin et le mouton. La maladie que développe le mouton constitue dès lors un modèle particulièrement intéressant pour l’étude des mécanismes menant aux leucémies, et au cancer en général.
Une des propriétés des rétrovirus tel que le BLV ou le HTLV-1 est leur capacité à s’intégrer dans le matériel génétique de la cellule infectée. Jusqu’ici, la principale explication biologique au développement de ces leucémies agressives reposait sur la production par le virus de facteurs ayant des propriétés cancérigènes intrinsèques, appelés protéines oncogènes. Toutefois, l’impact de la localisation du virus au sein de ce matériel génétique (génome) était jusqu’ici considérée comme négligeable. Pour la première fois, les chercheurs ont établi la preuve que, contrairement à ce dogme, les virus HTLV-1 et BLV s’intègrent de manière ciblée à proximité de gènes hôtes 1976 impliqués dans le cancer (cancer drivers). Plus surprenant encore, les chercheurs observent que ces gènes sont positionnés systématiquement en amont du virus, et non en aval comme on s’y attendrait. L’équipe va plus loin en montrant que ce sont des transcrits viraux « antisens » (des éléments produits en sens inverse par rapport aux facteurs classiquement synthétisés par le virus) qui sont responsables de la perturbation des gènes hôtes situés en amont, identifiant ainsi une des clefs du fonctionnement de ces virus oncogènes.
Grâce à de nouvelles méthodes de séquençage à haut débit, les chercheurs montrent que ces mécanismes « antisens » sont déjà actifs lors des étapes très précoces de la maladie, bien avant que la leucémie ne devienne agressive. En criblant le génome à la recherche des gènes affectés, ils en identifient plusieurs centaines dont deux tiers seulement sont connus dans le domaine du cancer, révélant ainsi une mine insoupçonnée de nouveaux candidats « cancer drivers », candidats pour de nouvelles recherches sur la genèse de ces cancers.
Ces travaux, réalisés en collaboration avec l’Hôpital universitaire Necker à Paris et une équipe canadienne de l’Université du Saskatchewan, sont un bel exemple de recherche interdisciplinaire combinant des domaines tels que la cancérologie, la pathogenèse virale et la génomique animale.
La photo nous montre l’équipe de recherche dirigée par Anne Van den Broeke. (Photo : ©Anne Vandenbroecke&team). Renseignements : www.bordet.be

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