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TF1, notre chance inespérée
Le fait que TF1 veuille proposer dès septembre prochain des décrochages publicitaires à ses téléspectateurs wallons et bruxellois constitue une chance inespérée, et qui ne se représentera sans doute jamais, pour que notre gouvernement et le Conseil d’Administration décident de supprimer toute publicité ou sponsoring sur les antennes de notre service public.
Il ne s’agit pas d’une perspective stupide, utopique ou irréalisable.
C’est sans doute le seul challenge réaliste pour que la RTBF redevienne un service public et se différencie à nouveau des diffuseurs privés qui, sinon, tôt ou tard, l’accuseront auprès des instances européennes, et avec raison, de concurrence déloyale.
Selon Pierre-François Lovens, dans La Libre du 17 mars 2017: «(…) Si on suit les estimations du management de la RTBF, l’arrivée de TF1 pourrait engendrer une perte financière comprise entre 7 et 11 % de son budget annuel (constitué à la fois d’une dotation publique avoisinant les 240 millions d’euros et de recettes commerciales)».
Comment compenser, pour les années à venir, ce manque à gagner? Pour Pierre-François Lovens, il n’y aurait que quatre possibilités:
• couper dans les budgets de production,
• réduire encore davantage l’emploi,
• accroître le potentiel publicitaire (limité aujourd’hui à un plafond de 25 % des recettes totales)
• ou accroître la dotation.
Je propose une cinquième solution.
Les chiffres présentés par la RTBF démontrent que la publicité ne financerait plus que 10% à 15% de son budget, ce qui devient dérisoire par rapport aux effets néfastes qu’elle engendre directement sur les programmes, sur le choix des chaînes et les horaires où ils sont diffusés.
Diffuser davantage d’écrans pour tenter de pallier aux «pertes TF1» est illusoire. Les plaintes des usagers sont déjà innombrables: «Quand on allume la radio à l’aveugle, si on tombe sur de la pub, on sait qu’on est sur la RTBF!».
D’autre part, le service public a dépassé le cap de l’acceptable en terme de symbole lorsqu’il a décidé de couper la diffusion des documentaires par des pauses publicitaires. Il s’agit bien là en plus de l’ennui imposé au téléspectateur d’un saccage d’œuvres puisqu’à l’inverse des séries, les monteurs de pareilles réalisations n’ont en général pas prévu d’espace précis pour permettre les avalanches de papier toilette ou de sucreries qui font grossir les citoyens et les budgets santé de la collectivité.
Enfin, le gouvernement est également allé beaucoup trop loin en modifiant les équilibres du contrat de gestion 2013-2018 par la transformation inopinée du cours normal de celui-ci, en plein parcours, pour y rapatrier le placement de produits (dont la suppression avait été accordée suite à la pression notamment du Conseil de la Jeunesse). De plus, il y eut tromperie dans la justification du recours à pareille mesure puisqu’elle fut justifiée par le tarissement des ressources financières de la RTBF. Il a été prouvé par la suite qu’il n’en était rien car la RTBF a continué de produire des programmes qui ne correspondent pas du tout à ses missions premières et qu’on verrait bien davantage sur les chaînes privées, comme cette téléréalité chargée de couronner notre meilleur coiffeur.
L’arrivée de TF1 va aussi avoir sans doute pour effet la baisse du prix du spot publicitaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il en faudra donc beaucoup plus à la RTBF pour retrouver son équilibre financier, ce qui risque de provoquer une hémorragie de ses plus fidèles usagers.
Trouver des financements alternatifs qui permettraient de renflouer un manque à gagner de 10ù à 15% du budget de la RTBF est tout-à-fait possible, et sans augmenter sa dotation. Par de multiples moyens. N’oublions pas que la publicité coûte non seulement en personnel chargé de la rechercher et de l’organiser à l’antenne mais aussi en frais de production de programmes paillettes appréciés par les annonceurs. Inutile de cofinancer le CIM puisqu’il n’y aurait plus de tarification publicitaire.
Une certaine professionnalisation fort coûteuse voulue par le développement de la pub arrivera aussi à son terme: la multiplication des postes directionnels (et multiplication des chaînes pour trouver des publics cibles précis préférés par les annonceurs) ainsi que l’escalade des trop hauts salaires (trois d’entre-eux ont été récemment dénoncés par la presse écrite).
Rien n’est impossible. Des parlementaires MR (Richard Miller), PS (Jean-François Istasse) CDH (Jean-Paul Procureur) et ECOLO (la majorité d’entre-eux) ont par le passé déjà défendu l’idée de mettre fin à la présence publicitaire à la RTBF. Qu’ils soient aujourd’hui considérés comme les précurseurs d’une page nouvelle à imaginer.
Au sein de l’actuel conseil d’administration de la RTBF, il y a certainement des administrateurs qui partagent le présent point de vue. En effet, dans Le Soir du 16 mars 2017 (à propos du vote qui a désavoué Jean-Paul Philippot), Jean-François Munster explique que certains administrateurs «estiment déjà qu’il y a une dérive commerciale à la RTBF et qui souhaiteraient que celle-ci se concentre sur ses missions de service public plutôt que de s’aventurer toujours plus loin dans le monde de la pub».
Un cerise sur la gâteau devrait particulièrement plaire au PS et au MR, eux qui veulent à tout prix que la luxembourgeoise RTL TVi continue à régner chez nous. Ils verront dans cette solution un transfert opportun de ressources publicitaires qui auraient été captées par la RTBF et qui iront donc plutôt financer le manque à gagner de la chaîne privée dite «de chez nous» occasionné par TF1. Tout ceci permettrait donc à RTL TVi de poursuivre sa stratégie d’investissement dans les productions locales belge, avec aussi des retombées sur l’aide à la presse écrite.
Or la première des cinq revendications de «La RTBF nous appartient» propose précisément un plan pour supprimer publicité et sponsoring en cinq ans.
Voici la présentation de ces cinq revendications:
https://www.toutautrechose.be/groupes/acrimed/5-propositions-pour-le-contrat-de-gestion
Bernard HENNEBERT

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