RENCONTRE AVEC LES PREMIERS CHÔMEURS EXCLUS DES ALLOCATIONS D’INSERTION EN WALLONIE

Comment les personnes exclues des allocations d’insertion ont-elles intégré l’information du changement réglementaire dans la construction de leur parcours ? Quelles stratégies ont-elles adoptées après cette exclusion ? Publié ce lundi, le dernier rapport de recherche de l’IWEPS (Institut wallon d’évaluation, de la prospective et de la statistique) recueille et analyse les témoignages d’exclus du chômage en Wallonie. Objectif : ajouter de la connaissance au-delà des chiffres.

Mélinda, Didier, Amélie, Sandra. Ce sont autant de visages, de points de vue et d’expériences derrière le chiffre des 17 000 premiers wallons exclus des allocations d’insertion en Wallonie en janvier 2015 [1]. L’objectif de cette recherche est de fournir des éléments de réponses aux nombreuses questions soulevées par ce renforcement de la politique d’activation des chômeurs. Pour ce faire, les chercheurs de l’IWEPS sont allés à la rencontre d’une trentaine de personnes ayant perdu leur droit aux allocations d’insertion, et ont recueilli leur témoignage au cours d’entretiens compréhensifs (individuels et collectif). Extraits.

« Et en fait je n’avais pas compris le courrier, je l’avais lu, brièvement plus de chômage mais je pensais en fait que […] ça prévenait que j’allais avoir rendez-vous comme les autres fois à l’ONEM […]. Et après j’ai reçu, je pense un deuxième courrier dans mes souvenirs et là j’ai paniqué quand j’ai vu, que j’ai vraiment compris que je n’aurais plus du tout droit au chômage » (Mélinda, 32 ans, graduée en ressources humaines)

« Qu’est-ce que travailler ? Travailler pour gagner de l’argent. Voilà, c’est ça qui est reconnu comme un travail mais il y a mille et une manières de travailler et d’être utile à la société / à la communauté » ; « S’occuper des enfants est une forme de travail qui pourrait être valorisée. Beaucoup de femmes qui ont un travail pénible et peu valorisant seraient mieux et leurs enfants seraient mieux, si leur travail avec les enfants était valorisé. Ca pourrait être l’homme ou la femme qui reste à la maison ou qui reste à la maison avec les enfants ou qui reste à la maison avec les vieux. » (Amélie : 38 ans, mère de deux enfants, institutrice primaire de formation.)

« Je me sens mal dans ma peau parce que je suis tout le temps dans la maison. Je me sens enfermée. Alors, j’ai pas de motivation pour quoi que ce soit […] Si j’ai un travail, beh j’ai une autre organisation » (Sandra : 30 ans, mère de deux enfants, diplômée en secrétariat)

L’analyse de ces entretiens apporte des réponses aux questions suivantes : Comment les personnes interrogées expliquent-elles leur enlisement dans le chômage sur la base des études? De quelle manière la fin de droit a-t-elle infléchi leur parcours professionnel? Comment les personnes exclues des allocations d’insertion négocient-elles leur rapport à soi et aux autres ? Comment les trajectoires et les identités des personnes exclues sont-elles marquées par leur rapport aux institutions? Comment les institutions interviennent-elles comme supports ou contraintes, à la fois habilitantes et incapacitantes?

Le rapport termine par des pistes de recommandations à l’adresse des décideurs politiques.
• Valoriser des formes de travail socialement utiles pour élargir les possibilités d’emploi
• Veiller à la qualité des informations délivrées aux allocataires sociaux et demandeurs d’emploi
• Analyser et instaurer le cas échéant le principe de confiance envers les usagers des services de l’emploi et du CPAS
• Assurer un accompagnement constant du demandeur d’emploi et le renforcer dans les moments-clés de son parcours
• Passer d’un accompagnement individualisé des demandeurs d’emploi à un accompagnement personnalisé
• Renforcer l’accompagnement des étudiants à chaque moment de leur orientation scolaire
• Proposer une réorientation dès qu’il s’avère que la formation initiale ne débouche pas sur une insertion professionnelle durable (objectif curatif)
• Encourager les formations qui pallient les obstacles rencontrés par les personnes
• Préserver l’autonomie des personnes dans la construction de leurs parcours

[1] Le premier janvier 2012 entre en vigueur la réforme du chômage sur la base des études : auparavant illimité dans le temps, le droit aux allocations d’insertion est limité à une période de 3 ans. Les premières conséquences de cette réforme se font sentir trois ans plus tard : en janvier 2015, le compteur marque 36 mois pour 17 000 chômeurs wallons, qui sortent en conséquence de la statistique du chômage indemnisé sur la base des études. Les mois suivants, le flux de personnes en fins de droit continue, mais à un rythme plus lent. Au total, entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2016, 25 000 wallons ont perdu leur droit aux allocations d’insertion (Onem, Rapport annuel 2016, mars 2017)

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