Nouvelle offensive de sablonisation des Marolles

Nouvelle offensive de sablonisation des Marolles et mépris du patrimoine
Les riverains se mobilisent !

Il y a quelques semaines, les habitants et amoureux des Marolles prenaient connaissance d’un imposant projet immobilier, situé rue de la Samaritaine et rue des Chandeliers, visant à la «démolition, rénovation et reconstruction » de 7 maisons, dont celle qui a abrité, durant 32 ans, le théâtre de la Samaritaine.

Si la note explicative se faisait rassurante, parlant de « réhabiliter », « simplifier et assainir », «créer un cœur vert et dégagé », l’analyse approfondie des documents ne laissait planer aucun doute: si un tel projet venait à se concrétiser, il ne subsisterait rien de ce coin de rue tel que nous le connaissons aujourd’hui et tel que nous l’aimons ! Le charme de ses façades disparaîtrait, dses habitants aussi, qui n’auraient bientôt plus les moyens de vivre dans des logements devenus trop chers pour eux…

Patrimoine menacé et sablonisation menaçante !

Face à l’ampleur du projet, les réactions à l’enquête publique ont été nombreuses (68) et plusieurs dizaines de personnes ont pris part à la Commission de concertation qui avait lieu le 5 décembre.

Les critiques ont porté à la fois sur les questions de patrimoine et sur le danger de gentrification du projet.

• Maisons à front de rue :
o façades en briques, à front de rue, « sauvées » mais qu’on ne verra plus, dissimulées sous un enduit uniforme ; démolition des planchers intérieurs et de 40% des maisons, suite à diverses interventions lourdes,
o maisons affublées de deux étages supplémentaires, visuellement écrasants et sans respect des volumes existants,
o éventration d’une des maisons pour en faire un porche d’entrée protégé par une grille
• Maisons en intérieur d’îlot :
o vouées à la démolition, un bâtiment neuf et imposant y prendra place, laissant peu de possibilité à la lumière naturelle d’y pénétrer et d’atteindre des terrasses, verdurisées mais privées
• « Espace wellness » dont on ne sait trop s’il s’agira d’une salle de fitness (risques de nuisances sonores), d’une école de danse (explication du demandeur), ou d’un sauna dans un logement privé (explication de l’architecte)
• Diminution du nombre de logements prévus de 16 à 13 unités, plus spacieuses et destinées à un autre type de population, plus aisée
• Absence de prise en compte du tissu social existant et danger de gentrification/sablonisation.

À aucun moment, les porteurs du projet ne sont arrivés à convaincre les riverains qui s’étaient déplacés en masse.
Se retranchant derrière ce qu’ils croyaient un argument choc – la conservation du théâtre – ils ne s’attendaient pas à ce que d’autres points, tout aussi fondamentaux, éveillent l’attention. Si tout le monde se réjouit à l’idée que le théâtre puisse continuer d’exister, il est en revanche inacceptable que l’ensemble du projet se fasse au prix de démolitions et de transformations aussi lourdes, sans respect pour les volumes du bâti existant. Un bâti qui doit être préservé !

Les intérieurs d’îlots encore existants à Bruxelles sont rares et la présence d’un puits est un signe supplémentaire et incontestable de l’ancienneté du lieu, témoin d’une période antérieure à la distribution centralisée d’eau. Voilà des éléments qui doivent inciter à la mise en valeur et au respect de cet ensemble !

La Commission de concertation a d’ailleurs rendu un avis défavorable, à l’unanimité, motivé notamment par le fait que, « de manière générale, le projet, par ses interventions lourdes et ses gabarits, ne correspond pas à la typologie et à l’esprit de ces maisons traditionnelles ». [Voir en fin de communiqué les réserves exprimées par la Commission dans les « considérant que »]

Un signal important mais nous restons mobilisés !

Dans les semaines et les mois qui viennent, nous veillerons à ce que les aspects soulevés ici soient pris en considération : pas question que le projet revienne, après s’être discrètement fait oublier et assorti de modifications cosmétiques, comme cela arrive trop souvent.

Nous demandons le respect du patrimoine et des garanties contre le danger de sablonisation

Patrimoine
Nous nous joignons aux demandes, formulées lors de la Commission de concertation par Pétitions Patrimoine et Inter-Environnement Bruxelles, de solliciter l’intervention pour avis de :
• Sint-Lukasarchief
• Commission royale des Monuments et Sites

Garanties contre le danger de gentrification/sablonisation

• Un Contrat de Quartier est actuellement en cours dans les Marolles, dont l’un des objectifs, du moins si l’on se réfère à sa description, est précisément de lutter contre le danger de gentrification. Curieusement, les rues de la Samaritaine et des Chandeliers ne sont pas reprises dans le périmètre de ce Contrat, qui peut toutefois être modifié jusqu’à 5 fois durant les 30 premiers mois de sa mise en route.
En conséquence, nous demandons une modification du périmètre du Contrat de Quartier pour que les rues de la Samaritaine et des Chandeliers soient soumises à la même vigilance face au danger de gentrification qui menace les Marolles et dont ce projet est la meilleure (ou plutôt la pire) des illustrations !

Enfin, nous souhaitons faire passer un message urgent aux propriétaires et demandeurs du projet

Votre avis nous intéresse!

Avis