Mais pourquoi donc combattre la publicité?

Mais pourquoi donc combattre la publicité?
Le préparation du nouveau contrat de gestion 2018-2023 semblait jusqu’il y a peu faire l’impasse sur la suppression de la publicité comme s’il était acquis qu’il s’agissait d’un mal nécessaire, une bonne (et mauvaise) fois pour toutes!
Pourtant la question redevient d’une brûlante actualité avec l’arrivée probablement imminente de TF1 sur notre marché publicitaire.
La RTBF risque d’y perdre pas mal de plumes et il devrait dès lors être tout-à-fait logique de s’interroger si perdre son âme de service public vaut encore la chandelle en récoltant si peu de rentrées financières complémentaires à la dotation.
Mais pourquoi accorder une telle importance à ce combat de la suppression de la publicité à la RTBF?
Pour répondre à cette importante question, il me semble utile de rappeler aujourd’hui qu’un colloque «La publicité et le financement de l’audiovisuel public» s’est tenu dans l’hémicycle du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, durant l’après-midi du vendredi 9 mai 2008.
Au cours de celui-ci, il y a donc près de dix ans, la parole fut également donnée pour les «usagers» de notre audiovisuel public à Christine Steinbach, l’une des responsables des «Équipes Populaires» (qui en est devenue par la suite la présidente).
Ce mouvement d’éducation permanente est l’une des composantes du MOC (Mouvement ouvrier chrétien), aux côtés de la CSC, des Mutualités Chrétiennes, de Vie Féminine, etc.
Il rassemble «des personnes qui veulent se mettre ensemble pour construire une société d’égalité et de justice sociale». Ces Équipes s’adressent aux «personnes des milieux populaires» et poursuivent une double finalité : «susciter l’analyse critique et créer les conditions d’un mieux-vivre ensemble».
www.equipespopulaires.be/spip.php?article1333
Madame Steinbach s’exprima à ce colloque au nom de VAP! (un collectif qui rassemblait une quinzaine d’associations parmi lesquelles Inter-Environnement, Infor-Santé, le Conseil de la Jeunesse, le GSARA, le CRIOC, Respire, etc.) et le présenta ainsi : «(…) une plateforme regroupant actuellement 16 associations et qui s’est constituée au cours de l’été 2007, dans la foulée de la signature du nouveau contrat de gestion pour la RTBF.
Ces associations sont actives dans des domaines variés et développent leurs propres analyses et actions qui convergent autour de plusieurs préoccupations, notamment celle de la place et du rôle de la publicité.
En créant cette plate-forme, nous voulons nourrir et amplifier un large débat public et critique sur la place de la publicité commerciale dans la société, en particulier dans l’espace public.
Elle vise à obtenir le renforcement des règles encadrant les pratiques publicitaires et à valoriser des alternatives au rôle et au discours porté par la publicité commerciale».
Dans son intervention au Parlement, la représentante de VAP! exprima pourquoi tant d’associations exigent la diminution, voire la suppression totale de la présence publicitaire à la RTBF :
«(…) Ce débat apparaît plus actuel que jamais à l’heure où nous prenons conscience que nos modes de production et de consommation fragilisent la planète et contribuent à un renforcement des inégalités sociales.
Si la publicité n’est pas seule responsable de cet état de fait, elle y contribue en transformant une série de besoins périphériques en désirs chroniques, sans souci des conséquences en termes d’environnement ou de santé publique. Des conséquences qui ont un coût.
(…) Sur le plan culturel et humain, je voudrais me faire brièvement l’écho du sentiment de lassitude, de désarroi et de colère que le matraquage publicitaire suscite de plus en plus.
Désarroi et exaspération des ménages à faibles revenus qui subissent avec violence le risque d’être exclus, faute de pouvoir suivre les modèles constamment imposés et la course à l’avoir. Désarroi et indignation de parents et de grands-parents qui ne savent plus comment transmettre des valeurs qui leur tiennent à cœur, mais ne semblent plus tenir la route quand elles se heurtent aux images et aux discours vantant le bonheur d’amasser comme l’expérience fondamentale d’être adulte.
Désarroi et colère aussi des femmes à qui la publicité renvoie sans cesse une image réductrice et dévalorisée.
Désarroi et colère enfin face une propagande commerciale qui se répète inlassablement, par tous les supports possibles, alors qu’on ne l’a pas demandé.
L’essentiel de la publicité, rappelons-le, n’est pas sollicité, alors que nous la payons.
(…) Nos publics sont donc demandeurs d’une mise en cause de la place et du rôle de la publicité.
La RTBF nous intéresse en particulier parce que c’est un outil audiovisuel de service public, avec des missions de service public, et qui contribue donc à donner des éléments qui permettent de se forger une conception du monde, à refléter et enrichir une culture. L’introduction de la publicité autour et à l’intérieur de programmes entraîne des incohérences flagrantes.
Comment concilier respect des personnes, des minorités avec des discours réducteurs et stéréotypés?
Comment concilier des messages d’intérêt général et l’incitation à consommer n’importe quoi?
Comment concilier les attentes en matière d’information, d’éducation et de divertissement avec la nécessité de faire place aux annonceurs en prime-time?».
Bernard HENNEBERG

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