Le secteur de la construction tire encore la sonnette d’alarme !

Une enquête présente pour la première fois la composition et l’évolution de l’emploi dans la construction. Le nombre de travailleurs détachés augmente d’année en année, au détriment de l’emploi belge. Les emplois qui se libèrent sont surtout pourvus par des travailleurs étrangers. Le secteur de la construction comptait ainsi 46.500 travailleurs détachés en 2016, en équivalents temps plein. C’est ce qui ressort de l’enquête menée par la Confédération Construction et présentée récemment, à l’occasion d’une conférence de presse. « La réduction des charges promise par le gouvernement doit être mise en œuvre dès maintenant », affirme Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction, l’organisation patronale de ce grand pourvoyeur d’emplois.
En 2016, le secteur de la construction a pu progresser de 3,5%, principalement grâce aux belles performances du logement neuf en Flandre et du non-résidentiel (projet Scholen van Morgen). Ces éléments incitatifs ne se répéteront toutefois pas cette année-ci. Malgré une reprise du secteur du génie civil dans la perspective des élections communales de 2018, il faut dès lors s’attendre à une croissance de l’ordre de 1% pour 2017.
Paul Depreter, président de la Confédération Construction : « Il faut aujourd’hui une croissance de plus de 3% pour stabiliser l’emploi. Celui-ci reste donc un véritable défi, d’autant qu’une telle croissance n’est pas attendue pour cette année. »
Glissement de l’emploi salarié vers l’emploi détaché
Dans ce contexte, le phénomène du détachement s’accélère. En 2016, 320.000 travailleurs étaient disponibles sur le marché du travail de la construction, quel que soit leur statut. 15 % d’entre eux étaient des travailleurs détachés. Ce qui correspond à 46.500 équivalents temps plein, soit 30 % des ouvriers belges dans la construction.
Les chiffres montrent deux évolutions claires. La première est une diminution ininterrompue de la part de l’emploi salarié dans le nombre total de travailleurs disponibles dans la construction. Cette part a reculé de 5 % en trois ans. La seconde évolution indique que ce sont surtout les travailleurs détachés qui ont bénéficié de ce recul. Ils récupèrent, en effet, 70 % des pertes en termes d’emploi salarié. Le nombre de travailleurs détachés a augmenté de 13.000 ETP en trois ans.
Une nouvelle réalité économique
La construction est confrontée à une nouvelle réalité économique. Selon des enquêtes menées auprès des membres, la concurrence déloyale est liée aux coûts salariaux moindres pour les entreprises étrangères (95 %) et à la flexibilité de celles-ci (75 %). La crainte de licenciements est, dans ce contexte, bien réelle (25 %) et elle est renforcée par l’allongement des délais de préavis, lequel interviendra début 2018. Les entreprises de construction se voient contraintes de faire appel au détachement afin de pouvoir survivre, comme le souligne également une récente étude de l’HIVA sur le détachement intra-européen.
Des mesures fortes doivent être prises d’urgence
Robert de Mûelenaere (notre photo) : « Nous ne pouvons plus ignorer cette évolution au sein du secteur de la construction. Des emplois disparaissent et des entreprises déposent le bilan. Les moyens de réagir existent et nous devons, dès lors, libérer au plus vite l’enveloppe de 600 millions d’euros promise pour la réduction des charges sociales dans la construction. Je demande aux ministres compétents de prendre leurs responsabilités au cours du prochain Conseil spécial des ministres, qui abordera plusieurs défis socio-économiques d’importance. L’enjeu est le maintien de l’emploi belge dans la construction ». (Photos : © Bernard Rosenbaum)

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