La marchandisation des soins de santé est un choix politique

Sous la coordination du CNCD-11.11.11, le monde associatif belge prend fait et cause pour la protection de tous, et ce, à l’échelle mondiale. Syndicats, mutualités et ONG ont réalisé collectivement un dossier de campagne sur la commercialisation des soins de santé. Leur message est clair : la santé est liée à des choix politiques.
On estime à 1,3 milliard le nombre d’êtres humains dans le monde qui n’ont pas accès à des soins de santé accessibles et de bonne qualité. Un problème lié à la répartition de la richesse : les bas et moyens revenus supportent 90 % de la charge des maladies à l’échelle mondiale, alors qu’ils ne disposent que de 12 % à peine des dépenses mondiales consacrées à la santé. L’écart mondial croissant entre pauvres et riches va donc également de pair avec une répartition inégale des soins de santé. Ceux qui ont les plus grands besoins en matière de santé sont ceux qui y ont le moins accès. Pourtant, la santé fait partie des Droits de l’homme.

En outre, partout, on assiste à une commercialisation de plus en plus effrénée des soins de santé. Le phénomène est profondément enraciné dans la politique de nombreux pays du Tiers Monde et d’influentes institutions internationales. Le Fonds monétaire international (FMI), par exemple, oblige les pays à octroyer à des acteurs privés l’accès à leur secteur santé, et en fait une condition indispensable pour pouvoir bénéficier d’un prêt. Un autre exemple de cette tendance est visible dans l’Agenda For Change (Programme pour le changement) de l’aide au développement de l’Union européenne, qui insiste sur une implication accrue du secteur privé.

La solidarité face au profit

Il existe pourtant d’énormes différences entre, d’une part, les institutions de soins publiques et du non marchand et, d’autre part, les dispensateurs de soins à vocation commerciale. Alors que le but principal du secteur commercial est d’engranger le plus de profit possible, les services publics ont pour vocation de couvrir les besoins de base de la population. Ils doivent également – en principe – assurer leurs services aux personnes aux besoins les plus importants et au pouvoir d’achat le plus restreint, tels les pauvres, les handicapés, les personnes âgées, les chômeurs, les immigrés… Bref, toute une partie de la population confrontée à des difficultés sociales. Les soins de santé publics et les systèmes non marchands s’appuient sur la solidarité et tentent de ventiler les coûts sur l’ensemble de la population.

Les systèmes commerciaux chercheront habituellement à exclure les personnes aux besoins particuliers ou les plus défavorisées. Ils s’adressent à des gens qui peuvent se permettre des soins plus onéreux. On obtient donc ce pour quoi on paie. Les institutions commerciales ne peuvent en effet être rentables que lorsqu’elles facturent à des tarifs élevés, ce qui débouche sur des frais de santé personnels élevés et parfois catastrophiques. Certaines institutions n’acceptent que les patients titulaires d’une assurance maladie suffisante pour couvrir leurs frais. Dans les deux cas, cela limite l’accès aux soins de santé et cela constitue une importante entrave financière à l’accès aux soins de santé.

« L’injustice sociale tue »

Les partenaires philippins de l’ONG Médecine pour le Tiers Monde (M3M) sont bien placés pour en parler. Ils mettent en garde contre un « système à deux vitesses ». Aujourd’hui, suite aux privatisations, 60 % des hôpitaux de ce pays d’Asie sont aux mains du privé et le coût moyen d’une hospitalisation y est cinq fois plus élevé. Par contre, les institutions publiques manquent souvent de personnel, elles sont confrontées à d’interminables listes d’attente et leurs infrastructures sont obsolètes. Il en résulte que huit Philippins sur dix n’ont jamais subi le moindre examen médical et que 28 % des femmes philippines accouchent sans surveillance médicale. La population philippine ne se laisse toutefois pas faire et, l’an dernier, grâce à une grande mobilisation, elle parvenait encore à maintenir un important hôpital sous contrôle public.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait dans un rapport de 2008 : « L’injustice sociale tue des gens à grande échelle et constitue une menace plus grave pour la santé publique qu’une pénurie de médecins, de médicaments ou de services de soins de santé. » Outre la revendication de soins de santé de qualité pour tous, nous devons donc attaquer de front les injustices socioéconomiques qui sévissent dans le monde.

Photo Intal
M3M en tournée

Les partenaires de Médecine pour le Tiers Monde (M3M) luttent quotidiennement pour le droit à la santé. Du 8 au 20 novembre, M3M fera une tournée en Belgique en compagnie de Josy Wong. Cette infirmière philippine est engagée et déterminée, et en tant que membre du syndicat philippin des travailleurs de la santé, elle a beaucoup de choses à raconter sur le fonctionnement communautaire et la mobilisation en vue d’enthousiasmer le public. Vous désirez la rencontrer avec votre association, votre délégation syndicale, votre classe ? Dans ce cas, adressez un courriel à Julie : julie@g3w.be, ou assistez à l’une des activités suivantes :

mardi 15 novembre, 19.30 h : Centre culturel De Werf, Alost
mercredi 16 novembre : Comac VUB, Bruxelles
jeudi 17 novembre : Comac ULC, Louvain-la-Neuve
18-20 novembre et 3 décembre : Cycle de formation sur l’Empowerment, Anvers (en néerlandais) et Liège (en français)
Plus d’info sur www.m3m.be ou sur www.11.be.

Contre le TTIP et le CETA

Cette année, l’aile néerlandophone de 11.11.11 se focalise sur l’accès aux soins de santé. L’aile francophone, CNCD-11.11.11, s’est lancée à fond dans la campagne contre les traités de libre-échange TTIP et CETA. C’est une campagne d’une importance absolument vitale : ces accords commerciaux ont eux aussi un énorme impact sur la santé, entre autres parce qu’ils insistent sur la libéralisation des services de santé et la prolongation de la durée des brevets sur les médicaments.
PTB

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