La commune d’Auderghem et la Croix-Rouge inaugurent la première épicerie sociale « vrac et bio » de Belgique

Lutter contre la pauvreté, encourager une alimentation saine et s’inscrire dans une optique de développement durable.
La nouvelle épicerie sociale qui ouvre ses portes à Auderghem est un nouveau concept où la majorité des denrées alimentaires et d’hygiène seront bio et vendues en vrac. Dès son ouverture, elle permettra à une trentaine de familles de faire ses courses à moitié prix.

Il s’agit de la 34e épicerie sociale de la Croix-Rouge de Belgique. Mais celle qui ouvre ses portes ce lundi 17 octobre n’est pas tout à fait comme les autres : elle sera la première en Belgique (et sans doute en Europe) à proposer la majorité des denrées en vrac, en privilégiant le bio et les pratiques durables : soutien aux producteurs locaux, lutte contre le gaspillage, produits de saison, promotion d’une alimentation saine via des cours de cuisine, etc.

« La vente en vrac est une première dans le cadre des épiceries sociales destinées aux personnes précarisées », explique Luc Swysen, président de la Croix-Rouge d’Auderghem et Christophe Magdalijns, bourgmestre faisant fonction. « Elle permettra de diminuer le volume de déchets grâce à l’utilisation des contenants réutilisables mais surtout, de diminuer le prix d’achat des produits jusqu’à 45 % ! » Une différence qui sera répercutée sur le prix de vente et profitera donc directement aux « clients »…

Un partenariat d’un nouveau genre entre commune, CPAS et Croix-Rouge

La création de cette épicerie sociale d’un nouveau genre est le fruit d’un partenariat étroit entre la section locale de la Croix-Rouge, la commune et le CPAS d’Auderghem. « L’accès à l’épicerie n’est autorisé qu’après enquête sociale », explique Véronique Artus, présidente du CPAS. « Les bénéficiaires reçoivent une carte d’accès de 6 mois renouvelable. Ils paient 50% du prix réel. La Croix-Rouge et le CPAS prennent à leur charge les 50% restants ».

L’investissement de la commune et du CPAS se matérialise par un financement annuel de 14.500€ pour l’achat des denrées, l‘engagement d’un article 60 pour gérer le magasin, la mise à disposition des locaux et l’apport de divers soutiens logistiques, soit l’équivalent de 60.000 € par an. La Croix-Rouge, elle, prend en charge l’autre moitié de l’approvisionnement, met à disposition ses bénévoles et assure l’entretien du point de vente ainsi que la chaîne logistique.

Un magasin comme les autres

L’aménagement du magasin se veut lui aussi innovant. On est loin de l’arrière boutique, du hangar réaffecté ou du local vétuste. La nouvelle épicerie a pris place dans une vraie surface commerciale, avec une vitrine, du matériel professionnel et un aménagement de qualité. Les rayons ont été construits par un menuisier qualifié avec du matériel de récupération de type palettes. L’esthétique elle-même s’appuie sur les codes du « bio ». Pour Véronique Artus, présidente du CPAS, c’est loin d’être un détail : « Le principe d’une épicerie sociale est de permettre aux bénéficiaires de faire leurs courses comme dans n’importe quel autre magasin et de choisir les produits qu’ils vont consommer. En les accueillant dans un environnement agréable, nous affichons clairement que nous ne sommes pas dans une logique d’assistanat ».

L’ouverture d’une épicerie sociale peut paraître surprenante dans une commune réputée aisée comme Auderghem. Et pourtant, «la Journée mondiale de lutte contre la pauvreté est l’occasion de rappeler que la pauvreté frappe toujours très durement la population et les mesures du gouvernement fédéral n’y ont rien changé », constate Christophe Magdalijns, bourgmestre fraisant fonction. « Il est facile de claironner que tout va mieux depuis les salons feutrés de la rue de la Loi. Mais nous, sur le terrain, nous sommes confrontés à la réalité. Les demandes d’aides continuent d’affluer, le nombre de bénéficiaires du CPAS augmente et nous voyons l’émergence de nouveaux profils : des étudiants précarisés, des indépendants qui ne parviennent plus à joindre les deux bouts, des personnes âgées dont la pension ne suffit plus, des familles monoparentales… Aujourd’hui, la classe moyenne n’est plus à l’abri. La majorité de la population a des raisons de s’inquiéter ».

Un nouveau modèle d’économie sociale

Cette situation impacte directement le budget des CPAS et des communes. Pour le bourgmestre faisant fonction, les pouvoirs locaux ne pourront pas faire face indéfiniment. « Mais je refuse de me soustraire à nos responsabilités. Notre devoir est de répondre aux nouveaux visages de la précarité. La mise en place de partenariats entre pouvoirs publics et ONG, où chacun apporte ses compétences et ses ressources, fait partie des solutions innovantes que nous voulons développer ». L’épicerie sociale sera en partie financée par la vente de vêtements dans la vestiboutique qui ouvre ses portes juste à côté. C’est donc un nouveau modèle d’économie sociale que la commune et la Croix-Rouge inaugurent à travers ce partenariat.

Pour Didier Gosuin, bourgmestre en titre et ministre bruxellois, « nous devons inventer de nouveaux modèles de solidarité qui ne sont plus réservés aux seuls bénéficiaires du CPAS, qui évitent toute forme de stigmatisation et qui permettent avant tout de rebondir. Parce que personne n’est à l’abri d’un accident de la vie, les communes comme Auderghem, qui ont les moyens de développer des politiques sociales innovantes, doivent être en première ligne. ».

Dès son ouverture, la nouvelle épicerie sociale permettra à une trentaine de familles auderghemoises de faire leurs courses à moitié prix. Un chiffre qui pourra évoluer en fonction des besoins.

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