23ième « Kunstenfestivaldesarts », jusqu’au 26 Mai

 

A l’occasion de sa 23ième édition, le réputé « Kunstenfestivaldesarts » (« KFDA ») innove au niveau de son Centre d’Activités, se partageant, en bon nomade qu’il devient, entre quatre lieux, avec, après le « Théâtre National », du 04 au 06 mai, et le « Beursschouwburg », du 09 au 13 mai, l’ « INSAS », du 16 au 20 mai, et, enfin, le tout nouveau « Kanal – Centre Pompidou, du 23 au 26 mai.

Consacré à la création contemporaine, ce Festival nous propose, jusqu’au samedi 26 mai, nombre de spectacles de danses et de théâtre, faisant la part belle aux arts plastiques, au cinéma et aux performances, et ce dans une vingtaine de théâtres et centres d’art du « Grand » Bruxelles, ainsi que dans différents lieux publics de la Capitale de l’Europe et au « Musée d’Afrique centrale » de Tervuren.

Au programme de ce festival urbain et cosmopolite, un choix d’œuvres artistiques créées par des artistes belges, néerlandophes aussi bien que francophones, et internationaux. Des créations singulières qui traduisent une vision personnelle du monde d’aujourd’hui, une vision que les artistes souhaitent partager avec des milliers de spectateurs.

A l’image de son appelation, « Kunstenfestivaldesarts », ce Festival, définitivement bilingue, réunit nos communautés, encourageant le dialogue, prouvant ainsi à quel point la Culture ne connaît aucune frontières ni régionales, ni internationales.

« Histoire du Théâtre » (c) Bea Borgers

Comme chaque année, le « Kunstenfestivaldesarts » s’inscrit à la fois dans la nouveauté et la permanence. Ainsi Milo Rau, avec « Histoire de Théâtre », a obtenu un indéniable succès, ponctué par des « standing ovations », à l’issue de chacune de ses représentations au « Théâtre National ».

Avec « Histoire du Théâtre« , Milo Rau entamait, à Bruxelles, une série de pièces de théâtre interrogeant les relations entre la fiction du théâtre et le réel, n’hésitant pas à mettre en scène la violence et autres événements traumatisants, nous emmenant à cette question : « Que peut le théâtre vis-à-vis du réel » ?

Au passage, soulignons que ce génial metteur en scène suisse deviendra, à partir de la saison prochaine, le directeur du théâtre « NT Gent ».

« Suite N° 3-Europe » (c) F. Lovino

Autre habitué du Festival, Joris Lacoste nous revient avec son projet de l’ « Encyclopédie de la parole« . Avec « Suite n°3-Europe« , il explore, cette fois, les vingt-quatre langues parlées dans l’Union Européenne, constatant qu’elles véhiculent, le plus souvent, la haine, le racisme et l’homophobie.

Notons un autre moment fort, « La Plaza », de la compagnie catalane « El Conde de Torrefiel », qui nous propose de nous interroger quant à savoir qui sont ces jeunes adultes qui n’ont dû se battre pour aucune cause, vivant dans une insouciance désenchantée, paralysés par la peur de perdre leurs acquis ? Ainsi, dans la tradition des salons de musique européens, cette vision pessimiste et dérangeante des temps présents prendra la forme, très séduisante, d’un récital interprété par deux acteurs-chanteurs et un pianiste.

Faustin Linyekula (c) Bea Borgers

Au-delà des artistes de notre « vieux » continent, Faustin Linyekula, nous venant de la République démocratique du Congo, nous emmène à « Banataba« , le village d’origine de sa mère. Mêlant sa trajectoire personnelle à l’Histoire, avec un grand « H », il a choisi d’investir une salle vide du « Musée d’Afrique centrale », de Tervuren, quelques mois  avant sa réouverture au public, ce musée demeurant le symbole de la colonisation et de la dislocation patrimoniale des pays d’Afrique.

« Un ou plusieurs Tigres » (c) Ho-Tzu-Nyen

Parmi les représentants du continent asiatique, l’ ILe-Cité-Etat de Singapour nous propose de nous interroger sur notre identité, grâce à « Un ou plusieurs Tigres », de Ho-Tzu-Nyenà travers des formes hybrides associant les arts traditionnels, comme le théâtre d’ombres, aux techniques actuelles les plus sophistiquées.

D’autres part plusieurs artistes japonais sont présent à Bruxelles, dont Toshiki Okada, qui nous revient avec sa pièce phare, « Five days in March« , une création qui avait suscité notre admiration en 2003, nous emmenant à Tokyo, au contact de plusieurs jeunes, opposés à l’intervention militaire de leur pays en Irak, aux côtés des forces américano-britanniques. Qu’en est-il de leur actuel engagement au « Pays du Soleil levant » ?

« Five Days in March » (c) Michele Rossignol

Par ailleurs, nous venant d’Iran, Amir Reza Koohestani est un de ces artistes dont on se demande comment ils parviennent à contourner les pièges de la censure iranienne ! Dans « Summerless« , nous nous retrouvons à la sortie des classes, pour observer, à travers un dialogue intergénérationnel, un nouveau phénomène apparu en Iran : l’importance croissante des écoles privées.

Dans le contexte d’une situation économique désastreuse et de conditions de travail précaires, les artistes sont, de plus en plus, menacés dans leur liberté créatrice. Au fil des différents projets qui sont présentés au « KFDA », le corps est très présent, notamment comme métaphore politique dans un pays où les différences sociales et raciales marquent très fortement la société.

« Acordo » (c) Renato Mangolin

Continuant notre voyage intercontinental, nous retrouvons en Amérique latine, au Brésil, avec « Acordo », une chorégraphie d’ Alice Ripoll, qui met en scène quatre danseurs originaires des favelas de Rio de Janeiro, qui enversent les hiérarchies sociales et les rapports scène/salle bien établis.

Du Mexique, nous vient la compagnie  « Lagartijas Tiradas al Sol », nous présentant « El pasado nunca se muere, ni siquiera es pasado« . une réalisation ayant trait à ses révoltes estudiantines de la fin des années ’60.

Toujours en rapport avec ce bouillonement estudiantin, le « KFDA » nous ramenant dans nos contrées, nous propose, aussi, de nous intéresser, au-delà des événements français et belges de mai ’68, au soulèvement de Prague.

Notons qu’outre sa programmation de représentations, une série de rencontres et d’ateliers sont organisés.

C. Slagmuylder (c) Ambassade de France

Par ailleurs, le directeur artistique du FestivalChristophe Slagmuylder – successeur de Frie Leysen à la tête du « KFDA » a décidé de diriger la prochaine édition du festival « Theater der Welt« , à Düsseldorf, lui qui reçut, le 31 janvier 2017, les insignes de « Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres », des mains de Son Excellence Claude-France Arnould, Ambassadeur de France auprès du Royaume de Belgique.

Pour parcourir toute la programmation du Festival et connaître les différentes conditions d’accès aux représentations, consultez le site webwww.kfda.be.

Yves Calbert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Continuant notre voyage intercontinental, nous retrouvons en Amérique latine, au Brésil, un autre pays victime de la censure.

 

Le Kunstenfestivaldesarts met en place,
outre sa programmation, une série
de rencontres et d’ateliers destinés à
inscrire son projet artistique au cœ

 

 

 

La nouvelle était tombée il y a quelques semaines : Christophe Slagmuylder, dauphin et successeur de Frie Leysen à la tête du KFDA, a choisi de quitter le navire pour piloter la prochaine édition du festival « Theater der Welt » qui se déroulera à Düsseldorf en 2020. Pour son avant-dernière conférence de presse bruxelloise, il a tenu à rappeler les grandes orientations du festival et à pointer les apports artistiques significatifs de cette édition 2018.

A l’image de l’identité bruxelloise, le festival « ne s’attrape pas facilement » et affirme sa complexité face à une tendance générale aujourd’hui à simplifier, à agiter des idées reçues et à obéir à des mécanismes commerciaux. Pas de thème délibérément choisi pour unifier, mais des tendances qui se profilent dans la diversité des contenus. Pas de discipline privilégiée : danse, théâtre, cinéma et performance se croisent et dialoguent. A la liberté des formats artistiques répond la variété des lieux investis : les salles de théâtre traditionnelles, bien sûr, mais aussi cette année l’INSAS, la cathédrale Saint Michel, Kanal (futur Musée d’Art contemporain) ou encore le Musée royal de l’Afrique centrale dont on attend l’ouverture à l’automne prochain. Le festival implique aussi une vision du monde, il se veut ancré dans notre époque, pas seulement pour la refléter mais aussi pour y poser un regard critique. Cela dit, il ambitionne également de se tourner vers le futur et, au-delà de la critique de l’époque, de s’engager dans une vision prospective du monde. Dans la tradition des salons de musique européens, sa vision pessimiste et dérangeante prend la forme, très séduisante, d’un récital interprété par deux acteurs-chanteurs et un pianiste,

 

 

Dans le contexte d’une situation économique désastreuse et de conditions de travail précaires, les artistes sont de plus en plus menacés dans leur liberté créatrice. Au fil des différents projets qui seront présentés au KFDA, le corps est très présent, notamment comme métaphore politique dans un pays où les différences sociales et raciales marquent très fortement la société.

L’anniversaire de mai 68 ne passera pas inaperçu au KFDA ; plusieurs projets y sont associés sous forme d’interventions artistiques ou de débats. Il s’élargira au-delà des événements français et belges pour s’intéresser notamment au soulèvement de Prague ou aux révoltes estudiantines mexicaines. Celles-ci se retrouveront au cœur de la performance de la compagnie mexicaine Lagartijas Tiradas al Sol, « El pasado nunca se muere, ni siquiera es pasado« .

 

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