« Femmes Artistes », à Namur, jusqu’au 29 Janvier



« Les femmes ne peuvent peindre que des choses qui n’exigent ni pensée profonde, ni grand sentiment, ni large virtuosité. Des fleurs, des natures mortes, des objets élégants, des scènes de genre paisibles, des paysages doux, des portraits d’enfants, des animaux gentils », écrivait Edmond Picart, en 1884, dans un article consacré aux « Peintresses » belges, dans « L’Art moderne », une publication d’avant-garde, cette citation étant reprise sur l’un des murs de l’exposition « Femmes Artistes – Les Peintresses en Belgique (1880-1914) », prolongée, à Namur, au « Musée Félicien Rops », jusqu’au 29 janvier.

… Et ce n’est qu’en 1889 que les femmes furent, enfin, acceptées au sein des Académies belges officielles. Entre-temps, dès 1883, elles pouvaient fréquenter une Académie privée, celle du peintre Ernest Blanc-Garin (Givet, 1843-Schaerbeek, 1916),  cofondateur de la « Société des Beaux-Arts de Bruxelles »Evenepoel, van den Eeckhoudt et Crespin s’étant formé, entre autres, au sein de son Académie.

« L’Atelier du Peintre Blanc-Garin »,
Dagmar De Furuhjelm, 160 x 225 cm, 1890

Son atelier, nous le découvrons dans la 1ère salle de l’exposition, ainsi qu’en pages 6 et 7 du catalogue, peint par Dagmar De Furuhjelm, sous le titre: « L’Atelier du Peintre Blanc-Garin » (160 x 225 cm/s.d.).

A l’époque, devenir peintre, pour une femme, s’était se détourner de sa mission naturelle d’être mère, aussi la plupart d’entre elles étaient éduquées au sein de familles où vivait un ou plusieurs artistes. De Paris, en 1884, Louise Héger écrivait; « Pour moi qui n’ai ni frère, ni cousin, ni oncle, ni père qui soit peintre, il faut bien que je m’arme de courage … Etre traitée d’égale à égale, avec respect et affection, par des peintres sérieux et de grand talent, me rehausse à mes propres yeux et me ravive. »

« Emile Verhaeren »,
Jenny Lorrain

En cette même année, Emile Verhaeren, dans sa fonction de critique d’art (à voir jusqu’au 17 janvier, du mardi au vendredi, de 09h30 à 17h30, le samedi et le dimanche, de 10h à 18h, l’exposition temporaire ‘Emile Verharen, l’Ecrivain-Critique et l’Art de son Temps/1881-1916’, au ‘MSK’ – ‘Musée des Beaux-Arts’, à Gent), écrivait, au sujet des « peintresses »: « … à côté de sérieuses qualités, il manque à l’artiste … de n’être pas homme ».

Cette prise de position n’empêcha pas Marthe Massin de peintre ce poète-critique d’art dans une oeuvre exposée à l’entrée du 1er étage, « Au Caillou » (40 x 54 cm/s.d.). De même, exposée au sein de cette même vitrine, une sculpture, en métal coulé, de Jenny Lorrain« Emile Verhaeren » (36 x 16 cm/s.d.).

« L’Automne », Hélène Du Ménil &
Isidore De Rudder, 200 x 260 cm, 1905

A souligner que des artistes créaient certaines de leurs oeuvres en couples, ce qui permettaient aux épouses d’être plus facilement exposées, condition indispensable à la reconnaissance de leurs talents. Ainsi, dans le hall du rez-de-chaussée, face à la 1ère salle, une impressionnante broderie aux fils de soie, de Hélène Du Ménil et Isidore de Rudder (200 x 260 cm/1905). Si ce dernier reçut, en 1882, le second « Prix de Rome », il permit, aussi, à son épouseHélène Du Ménil, de bénéficier du capital relationnel de son mari, qui dessinait les cartons de ses broderies, dont plusieurs furent ainsi accrochées au salon d’honneur du « Palais des Colonies », lors de l’ « Exposition coloniale », à Tervuren.

« Dans l’Eau! »,
Virginie Breton,
122,5 x 182,1 cm

Mais une des raisons d’avoir programmé cette intéressante exposition se trouve, sans doute, en la personne de Claire Dulucfemme d’Eugène Demolder, un critique d’art et écrivain, dont elle illustra sept ouvrages, en signant sous des pseudonymes masculins, mais aussi, et, surtout, en ce qui concerne ce superbe Musée namurois, fille, certes illégitime, de Félicien Rops. Prenant part aux essais de son père et d’Armand Rasenfosse, elle a pour principaux modèles sa mère, Léontine Duluc, et sa tante, Aurélie Duluc.

Quant à Virginie Breton, fille de Jules Breton et nièce d’Emile Breton, deux peintres reconnus, elle épouse un autre peintreAdrien Demont, avec qui elle est à l’initiative du groupe (ou école) de Wissant, devenant présidente, de 1895 à 1901, de l’ « Union des Femmes Peintres et Sculpteurs », les femmes peintres étant enfin reconnues.

« Mane Becube »,
Yvonne Serruys,
61 x 72,5 cm

Citons encore Yvone Serruys, qui, ayant étudié la peinture et le dessin avec Emile Claus, ainsi que dans l’atelier de Georges Lemmens, épouse l’écrivain Pierre Mille, avec qui elle organise des Galeries  d‘Art.

A noter que pour ces « peintresses », aussi appelées « dames artistes » ou « hommasses », tout naturellement intéressées par la nature, il n’était pas aisé de se rendre à l’extérieur de leur demeure, afin, simplement, de pouvoir peindre un paysage. Trop souvent, elles devaient être accompagnées d’un chaperon, afin de protéger leur moralité, de n’être pas suspectée de tous les vices.

Des oeuvres de plus de 40 femmes artistes nous sont ainsi présentées, issues tant de collections privées que de musées, en sachant que le catalogue propose également un focus sur les femmes illustratrices et les femmes photographes.

Ouverture: de 10h à 8h, du mardi au dimanche. Prix d’entrée (incluant l’accès à la collection permanente): 5€ (2€50 en tarif réduit / 0€ pour les moins de 12 ans). Audio-guide: 2€. Catalogue broché disponible (Ed. « Silvana éditoriale »/148 p./100 illustrations / 25€). Site: www.museerops.be.

Yves Calbert.

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