Echos du « Festival international du Film documentaire Millenium »

 
Ce 22 mars, Bruxelles commémorait les attentats meurtriers qui ont eu lieu il y a tout juste un an. À partir du 24 mars et en réponse à cet événement tragique, le 9ème « Festival international du Film documentaire Millenium » propose cette année des films qui nous questionnent et qui posent un regard nouveau sur cette triste réalité, celle de la radicalisation, de la différence culturelle et des enjeux de l’intégration.
« Au Nom du Père, du Fils et du Djiad »
 Ainsi, ce vendredi 31 mars, à 21h, à l’ « Actor’s Studio », projection du film « Au Nom du Père, du Fils et du Djihad »(Stéphane Malterre/Fra./ 2016/120′), une histoire tragique et controversée sur l’intégration, le fondamentalisme et l’identité. Synopsis: « Bassam Ayachi, Franco-Syrien, vit en Europe, avec sa femme française, depuis les années 1960. Lorsque les tensions montent au Moyen-Orient et que la rébellion se dresse contre le président syrien, le fils du patriarche Bassam Abdelrahman, décide de rejoindre la résistance syrienne afin de défendre son pays… »
« Je suis allé filmer la guerre civile en Syrie, je voulais être dans le cœur de la bataille« , raconte le réalisateur, un journaliste détenteur d’une maîtrise de Sciences du Langage à l’Université de Paris X. En 2013, son chemin croise celui de Bassam Abdelrahman, qui sera nommé juge dans un petit tribunal islamique, et de son fils Ayachi.
« Au Nom du Père, du Fils et du Djiad »
Ce dernier, revendiquant une justice fondée sur la charia, veut, selon ses mots: « protéger la terre de (ses) ancêtres« . Pendant trois ans, Stéphane Malterre a suivi cette  famille, accompagnant le fils dans ses campagnes, un combattant armé, qui trouvera la mort, lui qui disait se battre au nom d’une idéologie fondamentaliste, mais en n’étant, en aucun cas, membre d’un groupe terroriste
Assurément un documentaire « choc » à découvrir, oeuvre d’un auteur d’investigation ayant réalisé, dès 2004, pour « France 2 », « M6 » et « Canal Plus », des reportages tant sur le trafic d’armes en République démocratique du Congo, que sur le « Printemps arabe », en Tunisie, en Lybie et en … Syrie, où il décide, en 2013, de commencer le tournage d’ « Au Nom du Père, du Fils et du Djihad ».
« Au Nom du Père, du Fils et du Djiad »
 Concernant l’étonnante esthétique de certaines images, au magazine « Télérama », le réalisateur confie: « La plupart des reportages sur la Syrie filment des combats urbains. Quand vous tournez à Alep ou dans Homs, vous êtes au milieu de débris. Là, nous sommes dans la région d’Idlib, une zone rurale. Les combattants sont des paysans, des éleveurs de poule, des cultivateurs de champs d’abricots. Il y a des couchers de soleil magnifiques sur les champs d’olivier. Cela ne ressemble pas à un paysage de guerre. Et pourtant, la ligne rouge est bel et bien au milieu des blés: on ne voit pas le danger, on ne le sent pas, mais au détour d’un champ, on peut se retrouver dans l’axe de tir d’un mortier de l’armée ou d’un sniper ».
« Zaineb n’aime pas la Neige »
Déjà programmé au « Festival de Locarno » et au « FIFF », à Namur, ce samedi 1er avril, à 14h, au « Cinéma Galeries », 2ème projection, dans le cadre de « Millenium », de « Zaineb n’aime pas la Neige » (Kaouther Ben Hania/Tunisie-Fra.-Qatar-Liban-Emirats Arabes Unis/2016/ 94′), l’histoire d’une initiation à la vie, au monde des adultes, racontée à travers les yeux d’une enfant qui grandit physiquement et mûrit émotionnellement. Synopsis: « Son père étant décédé dans un accident de voiture, Zaineb, 9 ans, vit à Tunis, avec son petit frère et sa mère, qui s’apprête à refaire sa vie avec un homme vivant au Canada. On raconte à Zaineb que, là bas, elle pourra enfin voir la neige! Elle ne veut rien savoir, ce pays ne lui inspire pas confiance et puis, … elle n’aime pas la neige… »
Kaouther Ben Hania (c) « Radio Med Tunisie »
La réalisatrice, ayant fait ses études en cinéma à l’ « Ecole des Arts et du Cinéma », à Tunis, ainsi qu’à l’ « Université Paris-Sorbonne » et à « La Fémis », en France, remporta, à Namur, au « FIFF », le « Bayard d’Or de la meilleure première Oeuvre », avec « Le Challat de Tunis », son premier long métrage, qui fut distribué dans plus de 15 pays.
A noter, l’excellent accueil réservé, le dimanche 26, au « Cinéma Aventure », à « Rien n’est pardonné » (Bel./2017/60′), un documentaire de haute qualité nous présentant le portrait intime d’une personne qui a dû payer le prix fort pour s’être battue pour ses idéaux, celui de la journaliste franco-marocaine Zineb El Rhazoui  (°Casablanca, 1982), militante des droits de l’homme, membre de la rédaction de Charlie Hebdo, à l’époque du monstrueux attentat. Etant une Musulmane émancipée, ce film nous la montre dans toute sa féminité, aimant se brosser les cheveux, se maquiller, devenant maman, alors qu’elle est devenue la femme la plus protégée de France, … sans doute à vie, comme nous le confièrent les deux réalisateurs belges Guillaume Vandenberghe, à la caméra, et Vincent Coen, à la prise de son, lors de l’intéressant débat ayant suivi la projection
Zineb El Rhazaoui (c) « Rien n’est pardonné »
 Synopsis: « Quand le Printemps arabe se mue en Automne islamiste, Zineb El Rhazoui, militante et journaliste, décide de quitter le Maroc. À Paris, l’équipe du journal Charlie Hebdo devient sa nouvelle famille, jusqu’à ce qu’un attentat soit lancé contre eux le 7 janvier 2015. Absente des bureaux ce jour-là, elle a échappé à la mort. Très vite, elle prend publiquement position contre l’islam radical. Devenue maman, sa vision du futur s’en retrouve bouleversée. À quoi va ressembler l’avenir de sa petite fille, entourée de gardes du corps, car pour ses opposants, … rien n’est pardonné? … » 
G. Vandenberghe
& V. Coen
Bien sûr « Millenium » nous présente bien d’autres sujets, tournés sur tous les continents, tels, ce vendredi 31, « Demi-Vie à Fukushima » / Mark Olexa & Francesca Scalisi/Sui.-Fra./2016/ 61′), au « Cinéma Galeries », à 14h; « La Couleur du Caméléon » (Andrès Lübbert/ Bel.-Chili-All./2016/88′), au « Cinéma Galeries », à 15h30; « Forever Pure » (Maya Zinshstein/Israël/2016/ 87′), au « Cinéma Galeries », à 17h15; « Plastic China » (Ju-Liang Wang/Chine/2016/81′), au « Cinéma Aventure », à 19h30; ou encore « Los Sentidos »/Marcelo Burd/Esp.- Argentine/2015/ 72′). Pour la programmation complète et les synopsis, consultez: www.festivalmillenium.org.
Rappelons que la Cérémonie de Clôture se déroulera ce samedi 1er avril, au « Cinéma Galeries », à 19h30, la proclamation des résultats étant suivie de la projection du film ayant gagné l’ « Objectif d’Or », nom donné au Grand-Prix du Festival, ce film étant à nouveau projeté, dans cette même salle, le dimanche 02, à 20h, à l’issue de la journée des films primés de ce 9ème « Millenium International Documentary Film Festival ». Trois autres films seront à l’affiche de cette ultime journée: à 14h, le « Prix du Public », à 16h, l’ « Objectif de Bronze » et à 18h, l’ « Objectif d’Argent ».
Prix d’entrée par séance: 6€ tarif plein (4€ pour les étudiants et les seniors). Pass pour 10 séances: 40€.
Yves Calbert.

 

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