Chape de plomb

Chape de plomb
Aurélie Moreau détaille dans son article paru dans La Libre cette réflexion du collectif «La RTBF
nous appartient» à propos des travaux au parlement concernant le futur contrat de gestion du
service public: «Seuls les politiciens et les professionnels du milieu discutent, sans
vraiment demander l’avis du public. Or, étant un média public, il est crucial que la RTBF
permette à la population de se prononcer quant au contenu de ses missions».
Alexis De Boe, l’un de membres du collectif, indique à la journaliste: «Nous ne sommes pas
sûrs d’être auditionnés. Or, au-delà des propositions, notre démarche consiste à permettre aux
citoyens de se réapproprier le débat. Les contrats de gestion des entreprises publiques comme
la RTBF ou la SNCB ont des conséquences très concrètes sur la vie des usagers mais se
négocient de manière opaque pour le public».
Rarement les usagers sont pris en compte.
On n’y pense même pas! Par exemple, Jean-François Sacré détaille dans L’Echo du 29 mars 2017 qui sera auditionné jusqu’à l’été, après Jean-Paul Philippot, et il ne cite que: «CSA, journalistes, syndicats, télés locales, RMB, éditeurs de journaux,…».
Il faut se rendre à l’évidence: l’attention de la direction de la RTBF à l’égard de ses publics n’est plus ce qu’elle était.
C’est bien plus épineux depuis que le service public est devenu une entreprise publique autonome à caractère culturel et que ses administrateurs généraux sont choisis dans le sérail des top managers (Jean-Louis Stalport et Jean-Paul Philippot, à l’inverse d’anciens travailleurs de la RTBF désignés comme patrons, Robert Wangermée, Robert Stéphane et Christian Druitte).
Cela va peut-être de pair aussi avec le développement exponentiel de la présence publicitaire (autrefois, de la pub uniquement autour du top horaire en radio… à aujourd’hui, des coupures partout et même – oh, sacrilège – jusqu’au sein des diffusions de documentaires en télé) qui implique une évolution majeure du contenu des programmes (et de leurs horaires ou du choix de chaînes pour les diffuser) qu’il est possible de mettre en place mais qu’il devient beaucoup plus difficile de défendre dans des débats contradictoires. Et donc, depuis quelques années, il est quasi impossible d’échanger avec la direction de la RTBF.
1. Le terme «médiation» a perdu son sens et on ne fait plus que répondre au courrier du public. La médiation, c’est bien davantage. Les émissions qui lui sont dédiées, de plus en plus rares (même disparues en radio) et diffusées désormais dans des créneaux horaires qui ne touchent plus que des publics périphériques, se transforment en débat sur telle ou telle thématique abordée par un usager, ce dernier étant souvent isolé face à un panel de professionnels.
2. Les membres du CA de la RTBF ne publient plus de «cartes blanches» salutaires dans la presse comme l’osaient naguère Jean Guy ou Jacques Liesenborghs.
3. Les membres du personnel, quand ils sont interviewés, doivent respecter davantage qu’autrefois un droit de réserve (à l’exception de l’irréductible Guy Lemaire), ce qui amoindrit le débat dans la presse à propos du service public.
4. On peut même citer plusieurs tentatives d’intimidation (suivies probablement d’autocensures) lorsque certains médias ont osé malgré tout porter le débat sur la place publique. Par exemple, le dossier «La RTBF en danger» de Moustique a valu à son rédacteur en chef Jean-Luc Cambier une missive au vitriol de 4 pages serrées et au ton particulièrement arrogant, signée Jean-Paul Philippot.
5. Autrefois, le débat était porté à l’antenne: le 2 mai 2001, La Deux proposa dès 21H30 pendant plus de 2 heures de direct une réflexion sur le futur contrat de gestion 2002-2007 avec une quinzaine d’intervenants dont des représentants du monde culturel, de La Ligue des Familles et de l’Association des Téléspectateurs Actifs.
L’émission s’intitulait «La RTBF, c’est vous» et Jean-Jacques Jespers, son présentateur, en énonça ainsi les règles du jeu: «Ce forum vous est complètement consacré, téléspectateurs de la Communauté française». Cet événement fut couplé avec un sondage publié par La Libre Belgique.
Qu’est-ce qui empêche de reproduire un scénario analogue, par exemple également ce 2 mai 2017?
6. En avril 2006, Monsieur Philippot a même refusé de participer à un débat contradictoire dans le cadre de trois journées organisées par différentes associations de la société civile au cinéma Nova à Bruxelles pour réfléchir au contrat 2007-2012, invoquant le fait que la discussion se tenait au Parlement et qu’elle était publique, «(…) dans ce contexte, la RTBF entend respecter une stricte neutralité et ne privilégier aucun point de vue».
Faudrait-il lui rappeler que le public n’a le droit de se manifester sous quelque forme que ce soit (même pas applaudir) lorsqu’il assiste à pareils travaux?
7. De quoi faire blêmir la direction de la RTBF?
Ce 25 mars 2017, Libération consacrait deux pleines pages à un reportage sur l’une des étapes (une vingtaine) du «Tour de France» actuellement organisé par la direction de l’audiovisuel public de nos voisins pour donner la parole à ses usagers: http://www.liberation.fr/futurs/2017/03/24/france-teles-rencontre-de-l-autre-cote-de-l-ecran_1558200
Bernard HENNEBERT

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