40ème « Antica Namur », jusqu’au 20 Novembre

« On n’a pas tous les jours 20 ans », … ni deux fois plus, assurément! … D’où le thème choisi pour fêter dignement l’anniversaire d’« Antica Namur »« Grand Cru », … et les mots de bienvenue rédigés par Denis MathenGouverneur de la Province de Namur« On raconte qu’au coeur des vignobles, dans les environs de Namur, les grappes se prennent pour des offrandes que le sol rocailleux aurait faites à Bacchus. Il se murmure que toutes les feuilles des vignes s’y croient cousues de vermeil ou même tissées d’or et que les sarments tourmentés font des pieds de nez aux ébénistes dédaigneux, qui, lorsqu’ils croisent leur chemin, ignorent la noblesse de leur bois »…

Depuis quelques années, « Antica Namur » monte en puissance grâce à la réunion éclectique de grandes maisons et de jeunes antiquaires passionnés couvrant avec goût et élégance toutes les spécialités du marché de la collection. Parmi ces 120 galeristes, 13 nouveaux, venus des quatre coins de la Belgique et de l’Europe qui, durant 10 jours, font battre le cœur de Namur au rythme des arts.

« Antica Namur » 2016, inaugurée en présence du Prince Laurent et de la Princesse Claire, est donc de « qualité supérieure, élégante, harmonieuse, de consistance, originale, bien structurée et même chatoyante », … tel un grand vin! Un millésime « ardent », garanti par la présence d’antiquaires de haut vol, réunis spécialement pour cette édition anniversaire. Bien entendu, la vigne et le vin sont illustrés par de nombreuses galeries participantes, dans les tableaux, les gravures et les livres anciens ou modernes, à travers les pièces antiques, sur les tapis et tapisseries.

… Et comme nous évoquons un « Grand Cru », célébrons l’art de la table en commençant notre visite par l’emplacement F03, de Benoît et Sébastien Tercelin de Joigny, ces derniers nous proposant une superbe table dressée, telle qu’elle l’était au 19ème siècle. Alors qu’au 18ème siècle, l’on économisait les verres, au siècle suivant, un service peut compter plus de 500 pièces, 5 verres en cristal de Vonêchetaillé en pointe de diamant, étant, ici, prévus pour chaque convive, des carafes à vin étant disposées sur la table, vu qu’à l’époque, lors des festins de galas ou de familles aisées, l’on ne servait pas le vin à la bouteille, aucune étiquette ne pouvant donc être consultée. Quant aux assiettes, elles sont en faïence bleue de Tournai.

Suivant notreguide, Isabelle Graulich,diplômée en histoire de l’art, nous retrouvons, associé à Jeff Régis, au G10,Gerald Watheletanimateur de plusieurs émissions, culinaires et autres, de la « RTBF », couturierdécorateur, ancien étudiant de la réputée « Ecole hôtelière de la Province de Namur » … Alors que leurs deux perroquets se font entendre, nous y admirons un splendide guéridon circulaire, en bronze doré et ciselé, avec plateau en marqueterie de marbre et de pierres dures, attribué à Giovanni Baptista Giorgi (1815-1851), décoré d’un serpent montant du socle vers le haut. Autre pièce de choix, un lit-canapé en acajou de Cuba, garni de deux Sphinx dorés, datant du début du 19ème siècle. Sur un côté, nous sommes attirés par le frémissement de l’eau s’écoulant d’une impressionnante fontaine (160 x 200 cm) en marbre blanc, du 18ème siècle, de style rocaille (époque Louis XIV), décorée d’un cygne et d’un putto (angelot).

Présent à Namur pour la seconde année consécutive, le « Couvent des Ursulines », de Liège, au G13, nous propose, entre autres, un billard de 1830, en chêne, avec marqueteries en bois exotique de palissandre et de citronnier, signé Toulet, son drap vert ayant été fabriqué par « Simonis », une société de Verviers, réputée dans le monde entier, qui créa ses premiersdraps de billards dès 1680. A apprécier aussi, une bibliothèque (252 x 300 cm) en érable mouchetémarquetée de filets de palissandre(époque Restauration Charles X), ayant appartenu au Duc de Broglie.

Au G16, chez Bernard De Leye, comment résister à cet objet de curiosité en argent, en forme de vaisseau, dû au talent de l’orfèvre François Thomas Germain (1726-1791). Posé sur un socle en bronze doré, ce bateau, réalisé tout en finesse, contient trois petits tonneaux, qui sont, en fait, des encriers en porcelaine. Il était la propriété d’un Ministre des finances de Louis XV qui, lorsqu’il décéda à 93 ans, ce qui était particulièrement rare à l’époque, légua quelques 2.500 pièces de collection à ses héritiers.

Etablis à Ath« Art et Patrimoine », nous offrent quelques créations exceptionnelles, dont la responsable, Laurence Lenne – ayant travaillé en restauration de céramiques, àParis, et été étudiante en histoire de l’art – se fait un plaisir de nous entretenir, elle qui, ce jeudi 17, à 15h., donnera une conférence intitulée « Vrais ou faux Décors sur Porcelaine du 18ème ». Sur son stand (G19), elle nous présente d’abord une gourde de chasse en majolique d’Urbino, provenant des ateliers Durantino (vers 1545). Trop fragile que pour être utilisée, elle révélait, simplement, le statut social de son propriétaire. Ensuite, Laurence Lenne attire notre attention sur deux « bras de lumières », réalisés, à Saintes, par le potier-céramiste-émailleur Bernard Palissy (1510-1590), voire par son fils. Il s’agit de deux appliques jumelles en céramique, en formes de têtes d’anges aux ailes déployées, leurs mains jointes étant destinées à porter une bougie. Produits à seulement 10 exemplaires, soulignons que deux autres sont la propriété du …« Metropolitan Museum » de New York. A proximité, un autre « bras de lumière » est exposé. Son pendant se trouve à Paris, au … « Louvre »... Que dire de plus quant à la valeur des trois appliques présentées, ici, par « Art et Patrimoine »?

Chez Janssens Van der Maelen, auD14, nous trouvons une lampe de table de style Art Nouveau, représentant une célèbre danseuse du début du 20ème siècle, Loï Fuller (1862-1925), dont la carrière vient d’être portée à l’écran, sous le titre « La Danseuse » (Stéphanie di Gusto/Fra./2016/112′), l’héroïne ayant inventé l’épuisante « Danse des sept Voiles », ces voiles portés au-dessus de la tête ayant été fort bien sculptés, pour le plaisir de nos yeux, par Raoul Larche (1860-1912).

D’origines bien plus lointaines, la « Ming-K’I Gallery » (E 13) nous présente de fort joliessculptures anciennes, en provenance de Chine, telles un « Groupe de sept Musiciennes » (hautes de 27 cm/5ème siècle/Province du Shaanxi ou du Henan) ou unpetit cheval (qui lui serait plutôt de type mongol), au beau port de tête, et sonpalefrenier, ayant conservés leur polychromie d’origine (Dynastie Tang/618-690 & 705-907). Outre ces oeuvres asiatiques, cette Galerie d’Oostkamp, nous propose aussi des pièces d’art précolombien, comme un« Pectoralavec Visage richement orné » (9 x 7,5 cm), de Culture Calima, en provenance de la Vallée del Cauca, en Colombie.

Une rencontre bien sympathique, celle du jeune Suisse, … chef d’orchestre de formation, qui, avec Ludmilla, son épouse, et son frère, participent, avec leur « Galerie Igra Lignum » (D13B)- établie, depuis 2014, près de Fribourg – à leur premier salon à l’étranger, nous présentant différentes pièces dont ils ont assuré eux-mêmes la restauration. En vedette, à Namur, un samovar en argent – réalisé par Martin-Guillaume Biennais (1764-1843), orfèvre de l’Empereur Napoléon Bonaparte – offert, en 1813, par l’Impératrice Joséphine à son amant et chambellan Lancelot Théodore Turpin de Crissé pour son mariage. A noter, aussi, un coffret vénitien de marin, en bois de cyprès pyrogravé, et un cabinet de voyage indo-portugais, en bois de rose, ébène et palissandre, orné de motifs de différentes religions, soulignant une bien agréable liberté de cultes.

Egalement présente pour la première fois à « Antica Namur », la réputée Galerie« Berko Fine Paintings », sise à Knokke, depuis 1976, préparant donc, également, son40ème anniversaire, disposant, ici, de l’espace G18, où Viviane et Patrick Berko nous confient leur satisfaction quant au chaleureux accueil que leur réservent les Namurois. Parmi toute une gamme de peintures du 19ème siècle, nos hôtes attirent notre attention sur une oeuvre de Charles-Albert St.-Genois, « John Helwet et ses Marionnettes », mettant en scène, outre ce marionnettiste, les marionnettes des Rois Georges Vd’Angleterre et Léopold II de Belgique, qui, tous deux, dans leurs vraies vies, aimaient passer, ensemble, des soirées en galante compagnie, suggérée, ici, par une troisième marionnette, féminine quant à elle … En quelque sorte, une gentille approche caricaturale des excès de ces deux monarques …

N’oublions pas, non plus, de saluer la présence des Musées de Namur, au I04, avec la présence, pour la première fois, de deux musées militaires, celui du « Génie », àJambes, et celui des « Commandos », à Flawinne, ce dernier exposant une tenueblanche, avec cagoule, utilisée, sous la neige, pour être mieux dissimulé, lors de lacampagne d’Italie, à la fin de la seconde guerre mondiale… Plus agréable, pour terminer en beauté notre parcours, présenté par le « TreM.a » (« Musée provincial des Arts anciens du Namurois-Trésor d’Oignies »), un « rafraîchissoir », en laiton repoussé ciselé, si utile pour rafraîchir le vin, au 17ème siècle, pourquoi pas un « Grand Cru ».

… Et concernant ces « Grands Crus », l’organisation d’ « Antica Namur » nous signale que le champagne apparaît pour la première foisdans une peinture représentant la salle à manger privée de Louis XV, à Versailles. Ce tableau, peint en 1735, « Le Déjeuner d’Huîtres », de Jean-François de Troy (1679-1752), peut toujours être admiré au « Musée Condé », à Chantilly 

A souligner, enfin, qu’à l’occasion de ce 40ème anniversaire un effort tout particulier a été réalisé au niveau de la décoration du hall d’accueil, confiée à Thierry Bosquet Bruxelles, 1937), ancien collaborateur de Maurice Béjart, ayant réalisé son premier décor, à 21 ans, pour « Le Barbier de Séville » à la « Monnaie », avant de créer costumes et décors aussi bien au Canada, aux Etats-Unis, au Liban, que dans plusieurs pays européens, en Russie notamment. Pour « Antica Namur », bien dans le thème choisi, il a créé des étendards baroques de 3,5 m de hauteur, déployant la tête de Bacchus, une profusion de grappes de raisins, des motifs fleuris et fruités, …

… Et ce, sans oublier l’habituel décor floral intérieur réalisé par la « Belgian Flower Arrangement Society »« Antica Namur » vous attendant à « Namur Expo », en semaine, de 14h. à 19h. (ce vendredi 18, jusqu’à 22h.), samedi et dimanche, de 11h. à 19h. Prix d’entrée, à partir de 18 ans: 20€ (en ligne: 15€/- de 18 ans: gratuit), le guide du visiteur étant offert, ce dernier reprenant les numéros des exposants, tels qu’indiqués dans cet article. Site: http://www.antica.be.

Yves Calbert.

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